A l’avenir, quelles mesures préconisez-vous pour protéger la forêt usagère contre les risques d’incendie ?
Pour moi, il y a la prévention, la sécurité, c’est intimement lié, et ça se situe à plusieurs niveaux à mon avis.
Le premier, ça reste quand même une affaire de spécialistes: le SDIS, la DFCI. Ensuite, la réponse que je dois avoir, moi, elle ne peut être qu’une réponse de bon sens. C’est-à-dire avoir des allées suffisamment dimensionnées qui permettent aux secours d’y avoir accès de les entretenir, d’avoir des pare-feux entretenus, des points d’eau suffisants. Et le troisième niveau, c’est ce qu’évoquait Patrick, que j’ai l’habitude de nommer différemment, ceux qui peuvent se trouver en forêt et qui peuvent être les sentinelles. Comme les ostréiculteurs sont les sentinelles du bassin d’Arcachon pour la qualité des eaux.
Je pense que tous ceux qui peuvent visiter ou qui ont le droit de se balader en forêt usagère, ont ce devoir de sentinelle pour alerter sur les désagréments ou dysfonctionnements qu’ils pourraient voir ou trouver. Voilà ce que je voulais vous dire.
D’abord, je voudrais en deux mots dire tout l’attachement, je crois que cette forêt usagère, qui date du XVIe siècle, si je ne me trompe pas, les fameuses Baillettes et Transactions, je crois qu’aujourd’hui, nous sommes convaincus, je suis intimement convaincu, j’y suis très attaché, ça fait partie de notre patrimoine, je suis né avec, j’en ai entendu parler quand j’étais enfant. il y avait des tas d’histoires qui se passaient dans la forêt, tout le monde ne s’est pas toujours très bien entendu, donc c’est ça aussi qu’il faut…, ça fait partie quelque part du folklore.
Néanmoins, cette forêt, à votre première question, il y a à la fois la prévention et la sécurité. Je n’arrête pas de m’évertuer à dire: « Qui peut mieux prévenir que ceux qui vivent dans la forêt, que ceux qui sont dans la forêt, que ceux qui vivent la forêt. » Nous avons les chasseurs qui y sont de septembre à février, ils sont dans la forêt en permanence, ce sont des gens sur lesquels il faut que l’on s’appuie parce qu’ils nous avertissent.
Mais bien évidemment aussi il y a les propriétaires, et plus particulièrement les propriétaires des cabanes, ceux pour lesquels je me bats actuellement, et pour lesquels je vais continuer à me battre pour les cabanes, parce que je ne veux pas voir disparaître nos cabanes. Elles font partie de notre histoire. Alors même si certaines ont été modifiées, mais il y a un inventaire, on y reviendra sur cela, sur les cabanes.
Donc il y a les propriétaires avec cabane, il y a les propriétaires sans cabane, qui eux aussi sont des gens qui sont dans la forêt en permanence et les usagers, c’est sur ceux-là qu’il faut que l’on s’appuie.
Moi j’ai entendu en permanence le contrôleur général dire il faut de la prévention, et il a raison mais c’est ceux qui préviennent, ce sont ceux que je viens de nommer qui préviennent quand il peut y avoir un problème et croyez-moi, ça peut aller vite. La preuve, ceux qui étaient en forêt au moment de l’incendie, il n’y a pas eu de victimes, ça veut dire qu’ils ont eu le temps d’évacuer rapidement. Donc pour cela, il faut tout simplement qu’il y ait autour de la cabane un airial de 50 mètres, ce qui est globalement ce qui correspond aux OLD, et des chemins d’évacuation.
Quant à la sécurité, je viens de l’évoquer, les chemins d’accès qui sont entretenus, et croyez-moi, aujourd’hui ils le sont, il y en a même d’autres qui ont été créés lorsque nous avons sorti le bois de la forêt quand il a été coupé. Les OLD, je viens d’en parler, [intervention dans le public] … et l’entretien des points d’eau, ceux sur lesquels ça n’avait pas été réellement fait, parce qu’il faut travailler. Je sais que les points d’eau ont été… Il y a eu des travaux qui ont été faits par la mairie en 2009-2010, et depuis, aucun entretien n’avait été réalisé.
Pour nous, le premier constat déjà, c’est que le risque d’incendie va aller en augmentant. Le réchauffement climatique est là, les températures augmentent, la sécheresse, donc le risque, il est majeur. Et donc c’est normal que ce soit aujourd’hui la première question qui nous soit posée.
Ce qu’on voit, c’est que la forêt usagère, elle est différente des autres forêts de pins qu’on peut trouver dans les Landes, notamment, par son couvert feuillu. Il y a des chênes, il y a des arbousiers, et ces arbres-là, ils vont aussi protéger contre le réchauffement du sol et contre un départ de feu sur la partie herbacée.
Donc attention aux obligations légales de débroussaillement, à ne pas trop retirer ces feuillus et à ne pas retirer la protection qu’ils font.
Contre l’incendie, la meilleure arme, ça reste la prévention. Et donc là, il y a les spécialistes, effectivement, la DFCI, le SDIS, il faut travailler avec ces gens-là pour mettre les aménagements en place, les accès, les points d’eau, tout ce qui est nécessaire pour prévenir et pour intervenir rapidement s’il y a besoin.
Le deuxième point important pour la prévention, c’est la culture et la culture du risque. Et ça, là-dessus, je fais un travail sur beaucoup de pédagogie, beaucoup de journées de sensibilisation du public à ces risques-là, et c’est un boulot qui est hyper important et qu’il faudra continuer.
Et enfin, pour qu’il y ait un incendie, il faut aussi qu’il y ait un départ de feu, et les départs de feu, ça peut venir notamment de tout ce qui est engins motorisés. Donc nous, on va proposer de Gujan, la forêt étant sur La Teste, on ne pourra que proposer notre aide à la mairie de la Teste pour contrôler les accès dans la forêt, mettre à disposition de la police municipale, des gardes forestiers, des financements pour protéger tout ça, et limiter l’accès de la forêt vraiment aux engins motorisés qui sont strictement nécessaires.
Donc là, on ne parle pas de promenade en quad, de moto-cross dans la forêt, tout ça, c’est absolument interdit et impossible pour le risque incendie. Voilà donc les trois points principaux pour la prévention du risque
Je pense que la première chose, déjà, c’est que les réglementations sont assez claires, il y a tout un processus qui existe, et je pense que si les gens s’appliquent à mettre en application des choses particulièrement simples comme un plan de prévention, et à utiliser l’ensemble des moyens qui sont prêts à travailler dans ce domaine de prévention par rapport au risque d’incendie dans une forêt, je pense que déjà, on va dans le bon sens.
Ensuite, toutes les mesures qui sont demandées en termes de sécurité, comme les OLD en particulier, soyons très clairs, c’est facile à le dire, c’est beaucoup plus compliqué à mettre en œuvre. On le sait très bien au quotidien, on le voit à La Teste, beaucoup de gens ont des soucis pour arriver, ne serait-ce qu’un exemple, pour emmener tous les débris sur les déchetteries, on se retrouve à faire deux ou trois allers-retours pour une seule personne parce que les voisins ne peuvent pas l’emmener, etc. Je pense qu’il faut accompagner les gens dans ce domaine, et la mairie doit être là pour ça, à nous de trouver les moyens, et je m’y engagerai.
En revanche, soyons très clairs, il faut, pour ne pas avoir d’incendie, il faut nettoyer, si on ne nettoie pas la forêt. Moi, je vais me promener dans la forêt, je vais chercher mon bois de chauffage. J’y vais régulièrement, je peux vous dire qu’il y a des moments où on ne passe pas, et des moments où ils sont très sales, parce que c’est comme ça.
On a subi malheureusement des incendies terribles qui ont abîmé notre forêt, on le sait tous très bien, et le sol est particulièrement compliqué à traiter. Je le dis clairement, il y a du petit bois, il y a du déchet, à l’heure qu’il est, c’est compliqué.
Il ne faut pas le nier, ça veut dire qu’on a beaucoup de travail, il faut un plan de prévention, il n’y en a toujours pas. [intervention dans le public] … Je n’entends pas mais je n’ai pas le temps. Pour l’instant j’imagine qu’on répond après.
Donc je vais être très clair, je pense qu’il faut appliquer déjà les règles, il faut se munir de tous les moyens qui doivent être mis en œuvre, la DFCI, en particulier le SDIS, qui doivent avoir les moyens. Moi je ne comprends pas pourquoi il n’y avait pas de Canadair ce jour-là, et j’étais bien placé pour le savoir. Or les Canadair, ils doivent être là, ils s’interviennent vite, ça veut dire qu’on doit aussi avoir un travail avec ces gens-là. C’est fondamental.
Je terminerai sur la sécurité routière. Il faut faire très attention à comment on rentre dans la forêt, comment on y stationne, etc. Là aussi, on doit porter attention. Ce sont des mesures de prévention. Il faut prévenir. Si on ne prévient pas, ça ne marchera pas.
De mon côté, évidemment, mes collègues ont déjà évoqué un certain nombre de choses. Je pense que d’abord, effectivement, comme tu l’as dit, c’est d’abord le territoire de La Teste, et pour moi, c’est d’abord un sujet de pouvoir de police du maire. Donc déjà, il s’agit de faire respecter les règles, et que l’ensemble des acteurs soient tous conscients qu’il y a des règles à respecter sur ce massif, et que c’est notre bien commun. C’est un bien commun qu’on a tous en partage. Donc il est important de respecter les règles.
Deuxième chose, de mon point de vue, il faut mettre en place un plan de gestion du massif. Plan de gestion qui passe évidemment par une cartographie du sujet dont on parle : qui, quoi, où, combien, quoi, enfin, comment. Effectivement, les chemins, les points d’accès d’eau, etc., qu’on ait cartographié tout cela précisément.
Deuxième niveau de réponse, une fois qu’on a fait un diagnostic précis de la situation, on met en place un programme d’entretien, de maintenance, quelque part, de travaux purs et réels, concertés, cofinancés par les acteurs. Ça me semble essentiel, tu l’as évoqué tout à l’heure. Si, évidemment, chacun n’entretient pas l’espace qui nous est confié, on ne risque pas de faire grand-chose.
Troisièmement, ça a été évoqué par Jacques tout à l’heure, je crois que la première des choses, il y a des gens qui vivent sur ce territoire, il y a des gens qui vivent la forêt au quotidien. Moi, je serais partisan de créer une espèce de réseau des gardiens de la forêt, parce que finalement, c’est eux qui agissent sur le terrain, c’est eux qui vont pouvoir alerter dans l’immédiat et rapidement. Moi, je suis partisan de la production par ceux qui vivent les choses. Donc là, je pense qu’il y a un vrai sujet.
Ensuite, ça peut paraître une banalité, mais c’est bien de, là aussi, il faut définir un cadre pour agir. Pourquoi pas lancer une charte d’accès responsable à la forêt ? Ça a été évoqué aussi par certains collègues. On a des droits, des devoirs et des obligations. Quand on rentre dans une forêt, c’est peut-être les codifier, les cadrer, informer, sensibiliser sur les sujets. Voilà, ce sont quelques réponses possibles.
La question est très ouverte et il y a effectivement beaucoup d’éléments qu’on pourrait développer. Pour être simple et rapide, premier sujet, il a été évoqué, c’est déjà, c’est garantir l’accès et l’état de nos chemins. On sait très bien que les engins forestiers qui sont intervenus post-incendie ont tiré droit le plus souvent, et on laissait de côté nos chemins et nos sentiers traditionnels qu’il faut rétablir, parce que c’est même l’usage qui est quelque part un peu compromis par le fait que sans véhicules lourds, on n’arrive pas aujourd’hui à pénétrer dans la forêt et donc à exercer nos droits d’usage.
Ça, c’est vraiment la première priorité. Je pense qu’il y a un vrai effort à fournir sur tout ce qui est prévention dans la signalétique et dans le panneautage. Ça, c’est vraiment le pouvoir de police du maire, et je pense qu’il y a des efforts à faire de ce côté-là. Et avec les 1,5 millions, il y a de l’argent à dépenser pour améliorer ça et sensibiliser toutes les personnes qui pénètrent dans la forêt à ces risques, à ces dangers.
Et puis, moi, mon voisin l’a un petit peu évoqué, mais je pense, d’expérience, que la plupart des intervenants sur la sécurité de la forêt ne partagent pas toutes les informations. Et que ce soit entre le SDIS, entre la DFCI, entre les services municipaux, entre les services de police, toutes les infos ne sont pas véritablement partagées, et on l’a vu dans l’exercice du feu que ça a posé un certain nombre de problèmes.
Donc moi, je plaide pour une base de données cartographique qui soit centralisée. Sur cette base de données, on y verrait tout. On y verrait non seulement les chemins et l’état des chemins, des pistes, tout sera référencé, es travaux, les entretiens, tout sera compilé dans cette base de données qui serait, pourquoi pas, publique.
Moi, je n’ai pas de tabou vis-à-vis de ça, mais en tout cas, tous les intervenants sur cette forêt, y compris les intervenants, les coupes, pourraient être intégrés à cette base de données, et c’est vraiment une ressource qui sera opérationnelle dans la sécurité et la planification.
À l’avenir, nous préconisons de renforcer les dispositifs de sécurité et de prévention en forêt usagère.
Cela passe par une application rigoureuse des règles de la DFCI dans le respect des Baillettes et transactions ainsi que des obligations légales de débroussaillement, indispensables pour limiter le risque et la propagation des incendies aux abords des cabanes.
Nous mettrons en place un PPRIF, outil essentiel pour mieux encadrer les pratiques et organiser la prévention de manière cohérente avec les spécificités du massif.
Pour préserver la forêt usagère, mais plus largement l’ensemble de notre patrimoine sylvicole, l’État et les services départementaux formulent déjà un certain nombre de prescriptions de bon sens qui doivent être mises en œuvre le plus rapidement possible : création et entretien de points d’eau, aménagement de pare-feux, entretien régulier des parcelles, etc.
Nous avons la chance de compter dans notre équipe un officier sapeur-pompier particulièrement sensibilisé à ces enjeux. Nous l’avons déjà sollicité afin de bénéficier de son expérience et de son expertise. Dès le 23 mars, nous pourrons nous appuyer sur ses compétences pour mettre en œuvre toutes les mesures de prévention nécessaires et être force de proposition auprès des services concernés.

