Êtes-vous favorable à la renaissance du gemmage pour sa valeur économique et patrimoniale pour votre ville ?
Pour moi, je vais de suite évacuer la partie patrimoniale, parce que je crois qu’il n’y a pas de débat pour moi là-dessus, c’est une valeur à la fois historique, ça fait partie de notre histoire, dont la première valeur du gemmage est avant tout une valeur patrimoniale. Il faut le transmettre, l’expliquer, je ne vais pas m’étendre là-dessus.
Sur l’aspect économique, même si la résine du pin des Landes est de grande qualité, meilleure que la qualité de beaucoup de résines, il n’empêche, et ça a été dit, qu’aujourd’hui il n’y a pas de modèle économique pour exploiter convenablement et rentablement la résine. Pas d’industrie, pas de filière, pas d’industrie en bout de course, donc extrêmement difficile.
D’autre part, et ça a été évoqué aussi, on ne parle pas de la gemme avec une valeur économique immédiate, puisque aujourd’hui les peuplements qu’on a sur le massif ne seront à maturité que dans 15 ou 20 ans. Donc ça laisse peut-être le temps à la résine de retrouver une valeur économique et d’installer une industrie, mais pour le moment, je pense qu’on ne va pas attendre 15 ans pour sauvegarder la valeur patrimoniale du gemmage, parce que si on ne le fait pas, c’est quelque chose qui va s’éteindre.
Je suis attaché à l’histoire de ce territoire, il faut le défendre, donc je pense que oui, immédiatement valeur patrimoniale. Pour la résine, économiquement pour moi, je suis encore très loin d’être convaincu en termes de quantité, pas de qualité.
Bon, je vais rien inventer, sur un plan patrimonial, effectivement ça nous intéresse, et d’autant que j’ai vu l’autre jour à la Fête de l’usage, il y avait une entreprise des Landes qui est venue nous montrer des procédés totalement différents d’autrefois. En clair, l’arbre souffre nettement moins, et la récolte peut être supérieure.
Mais c’est vrai qu’économiquement ça n’est pas possible. Dans tous les cas, la question que je me posais, si ça avait été possible, ça deviendrait quelque part une industrie. A-t-on envie d’avoir une industrie au sein de la forêt? C’est ça.
Moi, je suis un peu plus sceptique là-dessus, parce que qui dit industrie, dit : « On va l’abîmer cette forêt, on va y faire des choses qu’on n’a pas envie de faire », ce qui s’est fait peut-être après les incendies quand il a fallu faire entrer les camions dans la forêt. Donc là-dessus, j’émets une réserve.
Dans tous les cas, on a le temps, parce que si aujourd’hui il n’y en a plus sur les 3 800 hectares de la forêt usagère, 3 700 ont brûlé. Donc le problème se pose moins. Heureusement, quelque part pour nous, c’est que nous restons dans la forêt, puisque nous avons plus de 8 000, entre 8 et 9 000 hectares de forêt, il nous en reste quand même, mais la forêt usagère non. Donc voilà, pour conclure, oui au gemmage sur un plan patrimonial, et quant à la suite, moi je suis moyennement favorable, il en faudrait du gemmage, mais je ne veux pas l’industrialiser, je veux protéger ma forêt. Ça c’est la première des choses.
Le gemmage, effectivement, c’était le levier d’équilibre entre les propriétaires, les usagers, c’était ça qui permettait que tout le monde puisse profiter de cette forêt usagère en toute quiétude.
Le gemmage, au-delà de son aspect économique et de cet aspect d’équilibre, il a aussi un aspect de surveillance de la forêt. Alors, peut-être plus maintenant avec les petites charrettes, mais un gemmeur, il sera présent dans la forêt, il fera partie de ces personnes qui feront donc cette surveillance, cet entretien et la prévention des incendies.
Relancer le gemmage, ça pourrait donc être tentant pour avoir envie de relancer rapidement cette activité. Malheureusement, la réalité économique est un petit peu plus compliquée, il n’y a pas aujourd’hui de filière existante pour traiter cette résine de façon industrielle ou économiquement efficace.
À titre personnel, je ne vous l’ai pas dit, je suis responsable environnement dans une usine qui fait du charbon actif sur la base de pins des Landes, un peu plus au sud de la région. On est en concurrence féroce avec des Chinois, avec des gens du monde entier qui font du charbon actif à bas prix.
Malgré tout, l’usine dans laquelle je travaille, elle est toujours là, ça fait 70 ans qu’elle est là, parce qu’on est sur un produit de haute qualité, sur un produit qui a une valeur environnementale, sur un produit qui est produit localement.
Et donc, je pense qu’on pourrait copier un petit peu la même dynamique avec cette filière du gemmage et de la résine qui serait prélevée sur les arbres. Pour ça, ça passe par l’innovation. Et l’innovation, elle peut être soutenue par les pouvoirs publics, par la région Nouvelle-Aquitaine, par des fonds européens.
Et en tant que futur maire de Gujan-Mestras, mon souhait, mon rôle, ce sera d’accompagner ces porteurs de projets pour des financements, pour de la recherche, pour du développement. La chimie verte, la filière, elle existe, et je pense qu’on peut travailler ce thème-là. Malheureusement, ce sera sur du long terme.
Moi, je suis activement convaincu que le gemmage, c’est une très belle chose. Quand j’étais petit à Mont-de-Marsan, j’avais la chance d’aller voir du gemmage encore à l’époque dans les années 70. Il est perdu, mais j’ai eu la chance de le faire.
Je voudrais quand même dire quelque chose, un petit point sur lequel je pense qu’il est important de revenir, c’est que le gemmage, il revient aux propriétaires de savoir si c’est eux qui souhaitent le faire ou pas, parce que c’est aux propriétaires de faire du gemmage, en tout cas dans la forêt usagère telle qu’elle est aujourd’hui, avec la Transaction de 1917, entre autres. Donc, soyons très clairs, moi, je pense que le gemmage, c’est une très belle chose, mais encore faut-il qu’il y ait du besoin.
Je rejoins totalement ce qui vient d’être dit à l’instant. Quelle est l’économie autour du gemmage ? Moi, je pense, j’ai vu une très très belle conférence, là encore une fois, à la Fête de l’usage, où j’ai entendu Gemme Landes, je crois, un monsieur qui est venu de Saint-Paul-lès-Dax, et qui a fait une très belle prestation sur toutes les nouvelles productions et utilisations du gemmage, sans utiliser d’acide sulfurique, comme ça a pu être fait à la grande époque, où on voyait malheureusement une disparition de la faune et de la flore au travers de ce travail.
Donc, je pense qu’on a atteint, en termes de la biochimie, beaucoup de choses hyper utiles qui permettent de traiter la gemme d’une manière beaucoup plus fluide. Encore faut-il qu’il y ait derrière une économie vraiment. Pour autant, moi, je reste convaincu que si cette économie existe, on doit investir ici sur le Bassin, alors à nous de voir comment et avec qui, pour pouvoir développer cette économie et être capable, à terme, d’avoir de la production. Moi, je pense qu’il ne faut pas attendre ça avant 10 ans. De toute façon, on ne fera pas de la gemme sur les pins de la forêt testerine avant 30 ans, donc il faut rester paisible. C’est quelque chose qu’il faut préparer, et je pense qu’en effet une industrie ça se prépare, il faut 10-15 ans à mon avis pour pouvoir ensuite passer à la production, si évidemment elle est utile et intéressante en termes économiques.
Alors, de notre côté, on est évidemment partisans du gemmage, pour peu qu’il soit viable économiquement, et ça reste encore à démontrer.
Effectivement, il y a nécessité de créer une filière, de repenser. Peut-être on ne l’évoque pas depuis le début de cette réunion, mais sur notre sujet, il serait intéressant de regarder ce qui se passe dans beaucoup de pays du monde. On a beaucoup d’exemples à prendre, et sur le gemmage en particulier. Nous, on a aussi une vision où on pense que c’est un savoir-faire effectivement ancien, et il y a un sujet aussi d’ordre patrimonial, d’éducation, de sensibilisation de nos jeunes, et c’est quelque chose qui aurait le mérite d’exister aussi pour l’aspect éducation-enseignement. C’est un sujet en tout cas qui nous intéresse.
Ensuite, quant au développement d’une filière, mais ça rejoint d’autres sujets qu’on évoque dans cette réunion, nous on serait partisans de la création d’une coopérative qui rassemblerait l’ensemble des parties prenantes de notre sujet, et qui créerait quelque part un modèle économique, et qui créerait quelque part des droits, des usages, et des ressources aux uns et aux autres. En tout cas, c’est une idée qu’on pousse, elle existe ailleurs dans le monde, c’est pour ça que j’ai trouvé cette idée assez originale, et pour ceux que ça intéresse, je développerai.
Le gemmage fait partie de notre histoire, et il a marqué un grand nombre de nos familles, dont la mienne. Mon grand-père est né en 1898 à Gastes, au bord du lac de Parentis, et il a travaillé à la résine avec son papa.
Donc, quand on est fils et petit-fils de résiniers, on a un peu ça dans son ADN, et en tout cas ça marque. Mais une chose est claire, nous ne reverrons pas la filière économique de la résine comme l’ont connue nos aïeux. On peut être favorable, favorable au retour de la résine, oui, mais la viabilité économique, compte tenu des bas coûts des pays producteurs comme le Portugal, où les choses sont très industrialisées, c’est très hypothétique, très utopique même de l’imaginer sur notre massif.
En attendant, attendons que les pins reviennent, que la résine arrive avec eux, et ne fermons pas la porte à des expérimentations, mais c’est avant tout sur sa valeur patrimoniale et historique que le gemmage a sa place.
Nous y sommes favorables, la renaissance du gemmage pour sa valeur patrimoniale, culturelle et économique, doit être étudiée et pourra s’inscrire dans le projet de Musée du Pays de Buch.
Dans ce cadre, des expérimentations ciblées pourraient être encouragées, en passant par une association ou un groupe de propriétaires souhaitant s’engager dans cette démarche de valorisation du patrimoine forestier.
Nous sommes profondément attachés à l’histoire, aux traditions et à l’identité de notre territoire. À ce titre, le gemmage fait pleinement partie de l’ADN de notre région. Il paraît donc naturel de soutenir toute initiative permettant de favoriser sa renaissance, et nous y apporterons toute notre contribution dans la mesure de nos compétences.

