Comment envisagez-vous d’assurer la protection et la pérennité des droits d’usage et des Baillettes et Transactions ?

Ça va être un petit peu plus facile pour moi. Moi, aujourd’hui, le droit d’usage en soi n’est pas remis en cause, il est certes attaqué, mais pas remis en cause parce qu’il y a eu une action forte de votre association, bien évidemment, parce que vous éveillez quand même et vous réveillez les consciences.

Moi, il y a quelques années, j’ai vécu quelques réunions un peu houleuses à Gujan pour des sujets qui, aujourd’hui, ne sont plus d’actualité. Je crois que tant que les usagers auront l’information sur la sécurité, sur la forêt usagère, l’usage restera fort.

Je pense qu’il est de l’obligation du futur maire, en l’occurrence de Gujan-Mestras, d’informer les usagers de la particularité de ce qu’est la forêt usagère, parce qu’aujourd’hui, moi, je n’ai pas de mal à savoir ce qu’est la forêt usagère, je suis d’ici, je m’y suis intéressé, j’ai participé à bon nombre de vos assemblées, mais beaucoup de gens ne savent pas aujourd’hui ce qu’est la forêt usagère. Et je crois que si on veut que la forêt usagère soit forte, donc que le droit d’usage soit consolidé et respecté, nous avons l’obligation, et c’est quelque chose que je ferai, d’informer, on en a parlé tout à l’heure par la gouvernance, c’est d’informer avec la plus grande transparence possible.

Vous savez, le droit d’usage, ce n’est pas le sujet, pour les usagers, le plus compliqué dans le cadre de la gestion d’une collectivité, ce n’est pas le plus difficile, il y en a des bien plus compliqués. Donc, je crois que l’information me paraît élémentaire. Si on informe bien les usagers, je crois que la forêt usagère sera encore mieux connue, et le droit d’usage sera encore mieux préservé, donc mieux protégé.

Vous savez, je crois que dans la vie, rien n’est remis en cause si ça ne dérange pas, si ça ne perturbe pas. Ce qui est peut-être le cas des droits d’usage, parce que si c’est unique en France, réellement, dans la majeure partie de l’hexagone, tout le monde ne connaît pas, ou s’ils connaissent, ça ne leur pose aucun problème dans la vie courante du quotidien.

Un moment, ça a agacé, ça a beaucoup irrité, et c’est pour ça qu’ils voulaient, ce n’était pas les remettre en cause, c’était les attaquer. Parce qu’il y avait trop de problèmes, et qui remontaient au niveau, ne serait-ce qu’au niveau du préfet de Gironde, enfin même de région, qui faisait remonter. Il y avait effectivement des recours, il y avait des attaques, il y avait des comportements qui étaient nuisibles en forêt. Il y a eu parfois des marcheurs qui se retrouvaient nez à nez avec un fusil, quoi.

Ce n’était pas très simple. Depuis 2020, on a mis de l’ordre, on a fait en sorte que les syndics, qui n’ont plus été les mêmes, effectivement, j’ai choisi d’autres syndics, des syndics responsables, qui avaient envie, comme tout le monde, que les choses se passent bien. À partir de là, on n’a plus eu d’attaques. La seule attaque que nous ayons eue, c’est celle de 2022, le feu, où tout le monde a bien fait ce qu’il avait à faire et a bien géré.

Aujourd’hui, donc, après le feu, il y a eu de nouveau ces attaques en me disant : « Monsieur le Maire, vos syndics, bon, il y a des transactions. » « Non, j’ai dit, laissez, non, laissez, faites-moi confiance », je l’ai dit tout à l’heure. Ils l’ont fait. Et aujourd’hui, je veux dire, il n’y a plus de raison d’être attaqué. Et de surcroît, il y a un bouclier qui vient de se créer, c’est l’inscription des droits d’usage, merci. Ça, c’est un véritable bouclier.

Et le deuxième bouclier, c’est ce que je vous disais, c’est d’abord de continuer à travailler ensemble, à s’entendre. Parce qu’il n’y a qu’une seule chose, moi, qui m’importe en tant que maire, c’est que notre forêt, nous puissions toujours profiter de notre forêt, que nous soyons ayants-pins, que nous soyons usagers, que nous puissions profiter de notre forêt. C’est ça ce que je veux, moi. C’est que nous ayons une belle forêt, entretenue, bien évidemment, mais que nous puissions en profiter.

L’intérêt, c’est notre intérêt, c’est notre intérêt patrimonial. Il y en a qui ont des châteaux, il y en a qui ont… Nous, nous avons notre forêt, elle est unique, il faut que nous la conservions. Et pour cela, continuons à avoir le bon sens, tout simplement.

En janvier 2022, donc avant les incendies, il y a un rapport qui a été remis par des personnes qui sont, je pense, indépendantes, et leur conclusion, une des conclusions, ils disent, je cite : « L’analyse approfondie des Baillettes et Transactions montre que, loin d’être un système archaïque, elles constituent un cadre qui a su évoluer au cours du temps, et les dispositions qui y figurent sont en cohérence avec celles du code forestier avec lequel elles s’articulent sans difficulté. »

Donc, aujourd’hui, on n’a aucune raison de remettre en cause ces Baillettes et Transactions. Le modèle, il a su évoluer, ça a été le meilleur rempart depuis très longtemps contre toutes les agressions externes, contre toutes les difficultés, et même par le passé des incendies qui avaient touché la forêt. Je pense que ce n’est pas le moment d’ouvrir une boîte de Pandore, de remettre en cause ces Transactions et ces Baillettes.

La forêt, elle nous protège. La forêt, elle nous protège contre les inondations, parce qu’elle va effectivement évaporer beaucoup d’eau. Elle nous protège en partie contre l’érosion du trait de côte. Elle va aussi nous protéger contre, un hypothétique, à son petit niveau, contre le réchauffement climatique, puisque c’est un puits de carbone.

Donc, aujourd’hui, c’est à nous de protéger la forêt autant qu’elle nous protège. Et ça, c’est une décision politique. Je pense que l’ADDUFU l’a bien compris en nous invitant aujourd’hui, c’est fragile, ces Baillettes et ces Transactions, elles sont attaquées de toutes parts, et ce sera le rôle des gens que vous allez élire demain de les défendre.

Donc, c’était l’occasion pour nous aujourd’hui de vous présenter un petit peu, en tout cas pour moi, de vous présenter la façon dont je voulais défendre ces Baillettes et Transactions, pour que vous puissiez, le moment venu, faire le choix politique qui soit adéquat.

Bon, c’était évidemment une question que tout le monde attendait, j’imagine, sur un sujet fondamental de… quid de l’usage demain, à partir du moment où 2026, en tout cas  mars 2026…

Moi, ce dont je suis convaincu, c’est que la forêt ne doit pas être une zone de non-droit.

Et je crois qu’elle ne l’est pas, puisque les Baillettes et Transactions sont parfaitement définies.

Et je rappelle encore une fois, sur les Transactions, au moins celles de 1917, le code forestier fait partie… je reviens un petit peu sur ce que vous avez dit, il est utilisé et il est pris en référence. Donc, on ne peut pas, d’un revers de manche, bannir le code forestier. Il existe, c’est la loi, donc ça mérite, c’est un cadre, il est ce qu’il est, mais c’est la loi.

On ne remet pas en cause non plus la loi comme ça. Pour autant, moi, je suis intimement convaincu, et je suis usager, et en tant que maire, si je deviens maire de la Teste, il est évident que je serai un des usagers, privilégié bien sûr parce qu’il nommera les syndics, mais une chose est certaine, c’est que nous devons préserver cette histoire formidable, cet atout extraordinaire particulariste que nous avons, d’autant plus qu’il rentre au PCI de l’UNESCO, et à partir de ce moment-là, on a un véritable atout avec une spécificité qu’on pourra défendre en permanence au travers des autorités locales, départementales, régionales, et bien évidemment nationales, voire européennes.

Ce qui nous donne un atout extraordinaire, et l’usage doit faire partie de cet environnement. Pour autant, il ne remet pas en cause les responsabilités, les devoirs et les droits des propriétaires en particulier, les droits et les devoirs de la mairie, des syndics, mais pour autant, l’usage doit rester, doit être entretenu, doit être cultivé par l’ADDUFU qui participe à cette culture au travers des écoles, et je tiens à féliciter l’action qui est menée par l’ADDUFU dans ce domaine, mais c’est une certitude, il est hors de question que cette forêt devienne un alignement de pins qu’on commercialisera.

C’est-à-dire que l’usage doit avoir sa place, et il ne peut avoir sa place que dans une forêt telle qu’elle a été depuis 1468.

Je partage évidemment l’avis de mes collègues, aucune remise en cause du droit d’usage qui est le vôtre, qui est le nôtre à tous.

Je reviens malgré tout sur cette idée d’un conseil de la forêt usagère, parce que je reste convaincu que ce qui est important, c’est de partager des objectifs communs, et si on veut faire évoluer les choses et les faire grandir, ça passe autour d’une table et autour de parties prenantes qui ont des intérêts parfois complémentaires, parfois divergents, et en tout cas, il faut qu’il y ait un partage des objectifs communs.

J’aurais dit ce qui a été dit déjà préalablement, nous, en tant que mairie de Gujan, et si demain je suis maire de Gujan-Mestras, en tout cas, je ne remettrai pas en cause ce droit d’usage, je le sacraliserai, et comme vous l’avez compris, je le communiquerai plus, puisque mon idée, c’est que les habitants de Gujan en profitent peut-être beaucoup plus, en tout cas pour les plus jeunes, plus récents sur la commune, puisque je pense que c’est quelque chose à connaître. Moi, c’est une vraie découverte à titre personnel.

Bien défendre la forêt usagère, ça passe par deux éléments. D’abord, une vigilance juridique permanente, et on se souvient de la saga des recours et des contentieux qui ont émaillé l’histoire de nos droits d’usage, et si l’ADDUFU n’avait pas pris à bras-le-corps certains sujets, peut-être que nous n’en serions pas là aujourd’hui, et vous ne seriez pas réunis autour de nous cet après-midi.

Ça, ça passe par la mise en place d’un référent juridique, parce que la mairie doit donner tout son appui à cette vigilance, référent juridique dédié à la forêt qui serait au sein des services de la mairie. Il y a eu ça 20 ans, je ne suis pas sûr que ce soit encore vrai, et puis une veille active sur toutes les décisions qui pourraient menacer le régime juridique de nos Baillettes et Transactions, notamment des services de l’État.

Et puis enfin, renforcer la connaissance de l’usage, et bien sûr la pédagogie. Alors, il y a tout un tas de choses qui sont très bien faites sous l’égide de Jean-Pierre Colin avec son petit guide. Moi, je rajouterais un petit peu dans un geste de transmission pour nos jeunes générations qui sont ceux qui exerceront le droit d’usage des arbres qui sont en train de pousser d’ici 20 ou 30 ans,

il y a une sorte de diplôme du petit usager pour impliquer dès aujourd’hui les enfants du Pays de Buch dans cette transmission séculaire.

Et puis, peut-être qu’à l’occasion de la reconstruction de la Boule du Lac, on pourrait, les étés où il y a beaucoup de monde sur cette plage de Cazaux, réserver un espace que l’ADDUFU pourrait animer s’ils le souhaitent à l’étage, on pourrait effectivement en faire quelque chose de vulgarisation du droit d’usage, en tout cas d’explication auprès d’un large public, une sorte de vitrine qui fonctionnerait avant tout probablement l’été, mais qui aurait du sens.

Une forêt protégée, c’est d’abord une forêt qui est comprise, comprise par les citoyens, comprise par les usagers, et défendre l’usage, c’est aussi ne pas se perdre dans des rachats de parcelles injustifiés, dépensés inutilement, ce qui se passe à Bat-Segrete est une anomalie historique. La ville va dépenser 120 000 euros, on se demande pourquoi, pour acheter à un propriétaire tout ce qui entoure sa cabane, et bien sûr, il se garde la parcelle. [intervention de l’Addufu]… Je conclus… C’est l’actualité, en plus. Je conclus, et je n’en parle plus.

Je serai un maire engagé pour garantir la pérennité absolue des droits d’usage, des Baillettes et Transactions, et l’esprit unique et singulier de ce massif.

Nous nous engagerons fortement pour la protection et la pérennité des droits d’usage et des Baillettes et Transactions. Nous souhaitons mettre à l’étude une inscription au patrimoine de l’UNESCO afin de protéger la forêt, ses usages et les textes qui la régissent car ce patrimoine est exceptionnel en France et en Europe.

Profondément attachés aux traditions et à l’histoire de notre territoire, nous avons à cœur de préserver le fonctionnement spécifique de la forêt usagère et les droits qui y sont associés.

Toutefois, si la loi ou des décisions de justice venaient à modifier ce cadre, le maire n’aurait d’autre choix que de les appliquer, dans le respect de l’État de droit.