En tant que maire représentant des usagers, signerez-vous une Transaction permettant le commerce dans la forêt usagère ?
L’actualité a démontré qu’un plan de gestion, un plan simple de gestion était possible, mais qu’il n’est pas applicable en forêt usagère. Il est évident qu’à partir de mars 2026, le maire de Gujan ne sera pas à l’initiative d’une quelconque nouvelle Transaction. Ça, c’est évident aujourd’hui.
Deuxièmement, après, il y a des questions que je me pose, parce qu’on a parlé de régénération naturelle, de plantation, ça veut dire qu’il y a des travaux quand même à effectuer dans la forêt, les pins poussent, il y a des dépressages, des éclaircies, ça sous-entend qu’il va y avoir un petit peu de commerce, parce que ce bois coupé et éclairci doit être commercialisé, j’imagine, en dehors du Captalat. Ça doit, je pense, se régler de façon interne, mais si votre question c’est de savoir s’il faut organiser le commerce des pins arrivés à maturité en forêt usagère, personnellement je ne signerai pas une telle Transaction.
Moi, je vais à l’essentiel, c’est non, je ne signerai pas de Transactions supplémentaires, il y a des règles, elles datent de ce qu’elles datent, elles sont ce qu’elles sont, mais je les respecterai, ces Baillettes et Transactions, c’est particulier, c’est unique en France, peut-être même en Europe, donc moi je tiens à ce que l’on respecte ces Baillettes et Transactions.
Vous savez, après les incendies, j’ai été pas mal sollicité au plus haut niveau, et on a essayé, on a tenté de nous faire sauter ces Baillettes et Transactions, et j’ai catégoriquement refusé, j’ai même demandé, j’ai dit : « Faites-moi confiance, laissez-moi faire », puisque vous savez, il y a eu quand même une période où personne ne se parlait trop dans la forêt entre différents syndics. On a remis de l’ordre, et je tiens à souligner le travail des syndics, des deux parties, tout le monde se parle, tout le monde aujourd’hui avance dans le même sens, c’est la volonté de maintenir notre forêt, de maintenir les Baillettes et Transactions.
Moi, je suis le maire de la Teste, et je maintiendrai ces Baillettes et Transactions, parce que d’abord j’y suis moi aussi, j’y suis très attaché, voilà tout simplement. La particularité, elle fait peut-être rire ailleurs, mais à nous, elle nous convient, elle nous plaît.
Il y aura beaucoup de pression pour faire une nouvelle Transaction, puisque le prix du bois augmente, les usages explosent pour le bois, que ce soit pour du chauffage, des chaudières biomasse, il y aura beaucoup de demandes.
Donc il faudra être très fort pour dire : « Non, effectivement, il n’y aura pas de nouvelle Transaction », puisque si on commence à rentrer dans un commerce du bois, tel qu’il peut être fait ailleurs dans les Landes notamment, on va aller vers les dérives dont on parlait tout à l’heure, de la monoculture, des engrais, de la pollution des sols, et c’est exactement ce que aujourd’hui la forêt usagère n’est pas, et ce qu’on veut préserver.
Avant tout, il existe en effet une réglementation qui est très claire, les Baillettes et Transactions, on ne va pas les remettre en cause, c’est hors de question d’ailleurs, mais jusqu’à preuve du contraire, la Baillette de 1917, enfin pardon, la Transaction de 1917, qui suivait celle de 1756 si je ne m’abuse, on a le droit de faire des Transactions, les unes après les autres, en fonction de l’évolution du temps, l’évolution des personnes, l’évolution des économies, etc.
On a été au XVIIIe, on a été au XXe, et maintenant on est au XXIe siècle. Donc les mentalités changent, l’évolution des règles change, au niveau national, au niveau régional, au niveau local. Ça veut dire que moi, je ne pense pas que tout soit aussi simple que ça dans la forêt, entre les différents syndics, entre les propriétaires, entre les usagers.
Qui sont les usagers aujourd’hui? Combien y a-t-il d’usagers? Qu’est-ce que ça représente? Les propriétaires, est-ce qu’ils s’entendent tous entre eux? Est-ce qu’il y a véritablement une unité? Ce serait bien malin que de penser que c’est vrai.
Donc je pense que c’est un peu plus compliqué que ça, ça veut dire qu’avant on a vu ce que ça a donné avant les incendies, les gens ne s’entendaient pas du tout, là peut-être qu’il y a eu des évolutions, il y a des volontés d’évolution pour aménager tout ça et retrouver quelque chose, un équilibre et un modèle qui a du sens, mais je pense que, je ne sais pas si c’est le mot Transaction, peut-être pas Transaction, mais vraiment quelque chose qui est: on travaille ensemble, on se met autour de la table ensemble, et on se pose les bonnes questions, et on se dit : « Qui fait quoi? » sans remettre en cause le principe de base des Baillettes et Transactions, et je pense que là il y a matière à faire quelque chose, et je suis convaincu qu’il y a quelque chose à faire. La question c’est Transaction ou plan de gestion, je ne sais pas comment on veut l’appeler, mais on doit se mettre autour de la table et faire quelque chose pour que chacun trouve sa place.
Il n’y a pas de priorité les uns les autres, il y a des droits et des devoirs, jusqu’à preuve du contraire, et ça mérite peut-être aujourd’hui de se poser la question. En tout cas, je le pense.
Alors pour le coup, je vais être en écho à Thierry, c’est complètement mon analyse, je crois que le sujet « Transaction / pas Transaction », il est important évidemment pour les personnes présentes ici, mais le sujet c’est quels objectifs on partage tous en commun, que ce soit évidemment les usagers, que ce soit les propriétaires, que ce soit les communes.
Finalement, est-ce qu’on a des objectifs communs? Et même si j’ai oublié de dire en introduction, je regarde ce dossier et je n’ai pas l’intention d’être, ou la prétention d’être un expert, je ne suis pas sûr qu’on ait tous les mêmes objectifs.
Donc je pense que ce qui manque, c’est sûrement une instance, on va dire de pilotage, qui réunit toutes les parties prenantes et qui, quelque part, fait avancer ces sujets-là. Et comme l’a dit Jacques en introduction, en tout cas nous, en tant que maire de Gujan, on ne sera pas à l’initiative d’une remise en cause de l’existant, on n’a pas légitimité d’abord, tout simplement, juridique.
Ce sera le maire de la Teste et on lui laissera la main, mais par contre, moi je suis pour la création de ce que j’appellerais un conseil de la forêt usagère, qui permettrait aux uns et aux autres de retrouver un endroit où on retrouve de l’harmonie, où on est, et là je rejoins Marc, sur l’idée d’une base de données commune, partagée.
On parle de choses et on sait de quoi on parle, parce qu’effectivement, comme l’a dit Thierry tout à l’heure, je me suis posé la question tout à l’heure en venant, je lui ai dit : « Moi, je suis un Gujanais qui habite Gujan depuis 72 ans, enfin 72, pardon, sinon je ne ferai pas mon âge », et je me suis dit : « Mais est-ce que je connais des gens qui vont dans cette forêt usagère? » Eh bien, je n’en connais pas. [réaction dans le public] Donc je n’en connais pas, évidemment j’exagère. Ce que je veux dire, c’est qu’aujourd’hui on est 24 000 habitants, et moi je me dis : « Effectivement, il y a un existant, comment ça se fait que tout le monde n’est pas au fait de ce qu’on peut faire dans cette forêt? ». Moi, ça me pose vraiment une question de fond.
La réponse à la question est simple, la réponse est claire, c’est non, la marchandisation n’a pas sa place en forêt usagère, pas plus pour l’exploitation du bois, que pour des AirBnB ou de la chasse privée.
La forêt usagère est un partage, c’est un fruit commun, que d’aucuns ne peuvent s’accaparer. La forêt usagère est à mettre en valeur et à considérer comme le bien commun des habitants du Captalat.
L’usage, c’est gratuit, c’est l’axiome de base des Baillettes et Transactions, et cet exercice doit être garanti. Moi, j’interprète l’usage avec une acception assez large qui n’est peut-être pas partagée par tout le monde, mais si on regarde les événements historiques qui ont fondé nos droits d’usage, quand les habitants se sont levés contre Gaston III ou contre le seigneur de Ruat, c’était pour avoir accès à cette forêt, et ils ont obtenu l’accès à cette forêt pour exercer leurs droits avec un…, on le sait, de l’époque et de la pauvreté qui régnait sur le Buch à cette époque-là, un aspect économique et de survie.
Mais aujourd’hui, c’est toujours vrai, les habitants du Captalat ont gagné pour toujours l’accès au massif, et de mon interprétation, ça reste vrai pour la chasse ou pour la balade, mais ce n’est pas partagé par tout le monde, donc s’il y a des points à faire évoluer, c’est sur ces différences-là, mais la marchandisation, c’est non.
Non. Nous n’accepterons aucune Transaction ouvrant la voie à une forme de commerce en forêt usagère, qu’il s’agisse du bois, du sol ou de toute autre ressource, quelles que soient les justifications avancées. La non-marchandisation de la forêt usagère constitue une garantie essentielle de sa pérennité, de son équilibre écologique et du maintien des droits d’usage.
Par ailleurs, nous estimons qu’il n’existe pas de nécessité à établir une nouvelle Transaction. Les baillettes et transactions doivent continuer à constituer le cadre de référence, dans le respect de l’histoire et du fonctionnement de notre forêt usagère. Ce cadre a également une fonction sociale qui fait partie de notre patrimoine.
Nous ne signerons aucun document sans concertation préalable avec les propriétaires. Néanmoins, il est vrai que certains textes qui régissent aujourd’hui la forêt usagère ne sont plus totalement en phase avec les réalités contemporaines.
Si une évolution devait intervenir, elle devrait d’abord émaner des propriétaires et des usagers eux-mêmes et non être imposée par les communes.

